1er mai
à Montréal : brève rencontre avec les bourgeois
Depuis le début de lannée 2000, plusieurs manifestations
à Montréal se sont soldées à la fois par des affrontements
avec les flics et des arrestations en masse. Lors des actions contre le Sommet
de la Jeunesse organisé du 22 au 24 février par le gouvernement
comme lors de la journée contre les violences policières le 15 mars
ou laction anarchaféministe du 7 mars, la police anti-émeute
intervient systématiquement en bouclant des quartiers entiers, prenant
prétexte que quelques vitrines seffondrent à loccasion.
Le 15 mars, ce fut dailleurs le tour de plusieurs Mc Do, dun poste
de police, dune vingtaine de voitures de flics et de deux banques. Elle
a aussi pris depuis quelques années lhabitude de tabasser salement
ceux qui tombent entre ses pattes. Le dernier exemple dassassinat remonte
au 5 septembre 99, jour où Jean-Pierre Lizotte, sans abri, sera battu à
mort par la police urbaine de Montréal. Mais on assiste aussi logiquement
au Québec à une radicalisation de la jeunesse, ce qui se traduit
notamment par lapparition de nombreux groupes anarchistes (Emile Henry,
La Main Noire, Le Poing dexclamation, Frayhayt). Pour le premier mai, cest
le COBP - citoyen-ne-s opposé-e-s à la brutalité policière
-, composé danars et de précaires qui, plutôt que de
se joindre aux défilés plan-plan des syndicats, avait décidé
daller faire un tour du côté des bourgeois. Récit dune
copine montréalaise.
200 personnes se regroupent lors du premier mai 2000 à montréal
pour dénoncer les riches. la manif se tient dans le quartier de westmount,
dans la montagne qui abrite toutes ces personnes riches et fameuses, d'origine
anglophone pour la très grosse majorité. c'est la bourgeoisie anglophone
bien entendu dont il s'agit.
pour accéder au quartier et y être bien dedans, on a dû prendre
quatre autobus et aller jusqu'en haut de la montagne. malheur... les rues sont
remplies de courbes (aucune visibilité des manoeuvres policières...
il va falloir apprendre à combattre dans les montagnes!) et une fois en
haut, le métro est très loin en bas. il n'y a que forêt, pentes,
propriétés privés et plus de flics que d'arbres. les flics
nous avaient dépassé pour arriver avant nous en haut de la montagne
et il y avait le même ratio en arrière, en plus des flics en moto,
il ne manquait que les chevaux. une vrai souricière nous attendait.
pas de fromage. pas de snak. juste des matraques. aucune possibilité
ni de marcher ni de s'en tirer. quand les autobus nous ont largué sur le
sommet, on n'a jamais réussi à prendre la rue. très vite,
on a pris des marches qui nous amenaient dans un sentier vers le bas... qui
y était ? le gros méchant loup... plutôt à une rue
plus bas encore. donc, on a réussi à marcher environ cinq minutes
et toute de suite après ce fut le moment des arrestations. moi et quelques
copines marchions trop en avant de la manif et pendant que les flics sortaient
de leurs autos, ils n'avaient pas le temps de nous arrêter, question de
30 secondes.
on était en plein coeur des lignes de flics qui se formaient, on s'est
écarté et les lignes ont foncé directement sur la manifestation.
toutes et tous ont été arrêtés. une copine s'est rendue
à l'hôpital et comme elle avait trop de blessures, les flics ont
décidé de retirer les charges contre elle. d'autres se sont fait
coincer sur une propriété privé et d'autres encore ont subit
d'autres blessures. en ce moment, la plupart des gens sont sortis mais alexandre
popovic et jaggi s. se trouvent encore en cellule pour bris de condition pour
d'autres actions du passé. le bordel, quoi ?
il n'y avait presque pas de doute que la police n'aurait jamais toléré
une manif anar chez les bourges, d'autant plus que la casse lors de la manif du
cobp avait montré la capacité des gens à s'attaquer à
la propriété privé. anar à cagoules ou foulards...
et autres libertaires ou ami-e-s. le topo est plutôt négatif.
les maisons de westmount n'ont aucune protection extérieure, même
pas de chien méchant. les jardins sont beaux, dont le gazon est le plus
vert qu'ailleurs, et les entrées sont très invitantes, style
anglais avec des petites marches et tout et tout, bon chic bon genre. la seule
chose qui pouvait conserver les lieux en bon état était une arrestation
massive. d'ailleurs, les forces de l'ordre se sont empressées pour nommer
leur intervention comme «préventive».
droit de manif bafoué sur des présomptions... les présomptions
ne sont pas irréalistes. on allait, si possible, se payer la traite. en
termes juridiques, il y en a qui disent qu'on était accusé de vouloir
faire des méfaits avant même d'en avoir des exemples, et que cela...
était anti-démocratique. on le sait, c'est ainsi que la société
capitaliste s'est bâtie... de leur démocratie bourgeoise. ce qui
est poche, c'est 5 minutes de marche et d'environ 180 arrestations. je n'ai pas
le chiffre exact. il suffit d'une arrestation de toute façon pour être
déjà en colère.
des copines et autres sont d'accord pour dire qu'on aurait dû réfléchir
avant de sortir des autobus, étant donné la quantité incroyable
d'autos de police et de quel genre de manif ça risquait d'être...
l'auto-critique est à venir sans oublier que la répression sera
tout le temps présente également et que sur ce point, on a très
peu de contrôle.
et voilà pour la petite histoire. dans l'autobus je chantais, (allons-y
dans le bois, voir si le loup n'y est pas. si le loup y était il nous mangerait,
si le loup n'y est pas, il ne nous mangera pas). comme vous pouvez voir, le loup
y était.
les charges seront probablement d'attroupement illégal, de méfaits,
d'attaques sur la police, etc.
A., le 5/5/00
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Extrait
du récit du COBP
(...) Le premier mai se solde donc par une nouvelle arrestation de masse, 157
militantEs, les 3/4 des manifestants. Elles et ils sont accusées de méfaits
et attroupement illégal. Les arrestations ont été très
brutales, on entendait des cris au loin. De plus certaines des personnes qui ont
pris la fuite se sont blessées. Au moins une militante est actuellement
hospitalisée avec une jambe cassée, en état d'arrestation.
D'autres militants en voiture qui suivaient de loin ont eu droit à une
identification et à une fouille du véhicule.
Cette répression s'inscrit dans la récente vague de criminalisation
systématique de tout mouvement contestataire : en septembre 1999, 270 étudiants
d'une école secondaire sont arrêtés, pour de vagues raisons
de trafique de pot ; le 24 novembre environ 70 personnes sont arrêtées
lors d'une manifestation contre la publicité privée dans les université
; le 15 mars pour la journée internationale contre la brutalité
policière, 112 manifestants ont été arrêtés.
Il est évident que le droit à la liberté d'expression et
donc le droit de manifester est totalement bafoué par la soi-disant démocratie,
qui tremble de savoir que les gens peuvent s'organiser sur des bases autonomes
et qui écrase tout mouvement contestataire impunément.
Ces arrestations démontrent la faiblesse du pouvoir et augmente la rage
des révoltéEs !
NOUS SOMMES PLUS QU'EUX !
CitoyenNEs OpposéEs à la Brutalité Policière (COBP)
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