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Vaste opération de police à Villiers-le-Bel contre les émeutiers de novembre
(Le 18 février 2008)

Vaste opération de police à Villiers-le-Bel

C.J. (lefigaro.fr) AFP, France Info et AP

18/02/2008 | Mise à jour : 18:34

Environ un millier de policiers à la recherche des auteurs de violences contre les forces de l’ordre fin novembre, ont interpellé 33 personnes lundi matin. Sous l’oeil de centaines de journalistes.

« Une intervention à la hauteur des faits criminels » s’est félicité la procureure de Pontoise , Marie-Thérèse Givry, qui n’avait jamais vu une descente de police de cette envergure. Peu avant 6 heures du matin, plus d’un millier d’hommes du Raid, de l’office central de répression du banditisme, et de la police judiciaire ont investi les cités de Villiers-le-Bel et des communes avoisinantes de Sarcelles et de Gonesse et en Seine-Saint-Denis, pour retrouver ceux qui n’avaient pas hésité à caillaisser et tirer sur des policiers lors des émeutes du 25 et 26 novembre, qui avaient suivi la mort de deux adolescents percurtés sur leur mini moto par une voiture de police. Sur les trente-sept personnes que recherchent les enquêteurs, trente-trois ont été interpellées tandis que deux autres personnes se trouvent déjà en prison pour d’autres affaires.

Des moyens exceptionnels ont été mobilisés. C’est par groupe de trente que les policiers, armes au poing, casqués, armurés et équipés de béliers, sont montés dans les étages tandis que cinq de leurs collèges les attendaient au pied de chaque tour. Ce déploiement massif s’est déroulé silencieusement. A la sortie des immeubles, les habitants qui se rendaient au travail étaient éberlués de tomber nez à nez avec des policiers. Cependant, la procureure s’est voulue rassurante. « Je ne pense pas qu’il y aura trop de traumatisme dans la cité Derrière les murs de Monseigneur » à Villiers, cible principale des policiers. « J’espère, a-t-elle ajouté, que les habitants comprendront que nous sommes là pour rétablir l’ordre et la paix ». Pour le moment, l’opération très médiatisée, qui se passe en présence de nombreux journalistes, alertés depuis vendredi soir par un syndicat de policiers préoccupé par la proximité de cette descente avec les municipales, s’effectue dans le calme.

Une opération reportée à deux reprises

Les suspects arrêtés seraient déjà connus des services de police, pour violences et agressions. Les personnes interpellées sont soupçonnées d’avoir pris part aux incendies d’automobiles et de bâtiments publics, et d’avoir tiré sur des policiers lors des affrontements qui ont fait 119 blessés parmi les forces de l’ordre. Le commissaire Jean-François Illy, arrivé le premier sur les lieux de la collision avec un collègue, avait ainsi été pris à partie et gravement blessé par plusieurs dizaines de jeunes puis au deuxième soir des émeutes, dix fonctionnaires avaient été touchés par des plombs et des grenailles de fusils de chasse. Deux frères, chefs de bandes d’une trentaine d’années, mis en cause par trois témoins, sont particulièrement visés. « Ils ont organisé quasi-militairement les émeutes et indiqué aux jeunes comment tirer sur les forces de l’ordre qui étaient attirées dans des endroits ou très éclairés ou très sombres », soulignent les policiers.

L’intervention, qui avait déjà été programmée à deux reprises avant d’être reportée par les enquêteurs qui attendaient des éléments déterminants, a été minutieusement préparée. Près de 145 CRS déployés sur les lieux en novembre ,ont été interrogés dans le cadre de l’information judiciaire ouverte pour « tentative d’homicide volontaire ». Un appel à témoins assorti d’une récompense de plusieurs milliers d’euros, a également été lancé par la Brigade criminelle de la DRPJ de Versailles. Des écoutes téléphoniques ont aussi permis de cibler plusieurs personnes soupçonnées d’avoir commis d’autres délits.

La pression a été forte sur les enquêteurs pour retrouver ceux qui avaient participé aux tirs contre les policiers. Nicolas Sarkozy avait assuré le 29 novembre que « tout serait mis en œuvre pour les retrouver ». « Mettez les moyens que vous voulez, ça ne peut pas rester impuni, c’est une priorité absolue », avait-il déclaré.

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Robocop appuyait les policiers

Le véhicule servant d’Etat major et de PC aux policiers engagés dans l’opération de police est unique en son genre : résistant aux balles et au feu, il est surnommé "Robocop" dans la police. Ce véhicule est celui de la brigade de recherche et d’intervention ("anti-gang") de la police judiciaire parisienne. Il est spécialement équipé pour les situations d’urgence, prises d’otages, opérations antiterroristes, forcenés. De couleur noire, blindé, ne passant jamais inaperçu dans la circulation, il est doté du matériel de transmission et de surveillance dernier cri grâce notamment à une sorte de longue vue digne d’un sous-marin. Il peut faire face et intervenir "dans toutes les situations possibles", selon ses utilisateurs, et résiste par exemple aux balles, au feu et aux engins incendiaires. Seul inconvénient, toujours selon ses utilisateurs, "Robocop" n’est pas rapide, "victime de son poids" dû à son blindage renforcé.

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Mille policiers et une armada de médias

Du jamais-vu : plus de mille policiers ont déboulé hier matin à 6 heures dans les cités de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) et alentour pour débusquer 33 personnes suspectées de tirs sur des uniformes, devant une armada de journalistes prévenus de cette opération sans précédent. A la suite d’un accident entre une mini-moto et une voiture de police qui avait tué deux adolescents, des violences avec armes à feu avaient fait 119 blessés parmi les policiers du 25 au 27 novembre 2007.

La direction départementale de la sécurité publique du Val-d’Oise, chargée d’élucider la tentative d’homicide volontaire du commissaire Illy sur les lieux de l’accident, ainsi que la direction régionale de la police judiciaire de Versailles, qui enquête sur les tirs contre les policiers, ont boosté les investigations pour riposter à « l’escalade de la violence ». Selon un commissaire : « Nous n’en étions plus au stade des jets de pierre et des cocktails Molotov, mais des fusils de chasse pour cartonner des flics. Nous mettons un point d’honneur à trouver les tireurs. »

Appel à témoins. Sans compter la pression de l’Elysée et du ministère de l’Intérieur. Sarkozy avait ordonné aux policiers d’aboutir : « Mettez les moyens que vous voulez, mais ça ne peut rester impuni. » Le 1er janvier, il avait réitéré ses vœux : « Je n’accepterai jamais d’être le président de la République d’un pays où les voyous tirent sur des fonctionnaires [...]. La meilleure réponse, c’est d’aller les chercher et de leur demander des comptes. Je sais que l’enquête progresse. » En effet, un tract d’appel à témoins promettait pour « tout renseignement susceptible de faire avancer l’enquête de préserver l’anonymat des témoins » et de rétribuer les informateurs. La ligne verte a reçu une centaine d’appels et quelques « voyous ont balancé » pour la prime qu’ils n’ont pas encore touchée.

Les enquêteurs ont été mis d’abord sur la piste des deux frères C., suspectés d’avoir tiré au plomb sur des CRS et d’avoir « organisé ces attaques par armes à feu ». Puis d’autres émeutiers ont été identifiés. Sous la direction de deux juges de Pontoise, les enquêteurs ont « ciblé 37 objectifs » et monté l’opération qui a permis d’arrêter 33 garçons de 20 à 31 ans à Villiers-le-Bel, Sarcelles et Arnouville-lès-Gonesse. Dont le frère de Lakamy, un des deux ados victimes de l’accident. Selon la procureure de Pontoise, il pourrait être impliqué dans l’incendie et le vol du véhicule du commissaire Illy, roué de coups après la collision mortelle. « C’est œil pour œil, dent pour dent, mais avec des moyens légaux. Qu’on ne vienne pas nous reprocher une réponse policière et judiciaire, pensée et construite », lance un patron de police.

Indiscrétions.Deux autres personnes, déjà en prison, ont aussi été placées en garde à vue. « Compte tenu du nombre d’interpellations, des moyens de communication actuels, les méthodes d’intervention étaient à la hauteur des faits criminels extrêmement importants de Villiers-le-Bel », a justifié Marie-Thérèse de Givry, la procureure de Pontoise, qui a déploré les « fuites » aux médias : « Notre crainte était que la présence de la presse n’alerte les objectifs précis qui avaient été déterminés. » La direction centrale de la PJ, prévenue d’« indiscrétions » à propos de l’opération, redoutait que « les suspects l’apprennent et organisent des guets-apens ». La ministre de l’Intérieur a elle-même « regretté profondément la médiatisation de cette opération qui pouvait nuire à sa réalisation ». Son cabinet a attribué les « fuites » aux syndicats de police, lesquels ont renvoyé la balle sur le ministère de l’Intérieur ou l’Elysée.

Les politiques, dont Royal et Bayrou, ont dénoncé la médiatisation de l’opération avant les municipales. Selon plusieurs journalistes, ni l’Elysée, ni l’Intérieur, ni les syndicats ne les ont « conviés » à l’opération. Mais les indications de Sarkozy sur l’enquête, puis MAM annonçant « très bientôt des arrestations » - lors des vœux au syndicat Alliance le 30 janvier - les ont conduits à harceler leurs contacts flics jusqu’à obtenir la date de l’opération, puis à se poster au rond-point de Villiers-le-Bel pour attendre les convois policiers.

Libération, mardi 19 février 2008

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Villiers-le-Bel : sept personnes mises en examen, dont trois incarcérées

AFP, 20 février 2008

PONTOISE (AFP) - Sept personnes ont été mises en examen mercredi dans l’enquête pour la tentative de meurtre contre un commissaire, l’incendie de son véhicule ainsi que de bâtiments publics à Villiers-Le-Bel (Val-d’Oise) fin novembre, a annoncé mercredi le parquet.

Par ailleurs, dans "le dossier le plus important", selon la procureure de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry, l’enquête sur les tirs de grenaille et de plomb contre les forces de l’ordre lors des mêmes violences à Villiers, seize personnes sont toujours gardées à vue et cinq (BIEN cinq) ont été relâchées entre mardi soir et mercredi matin, a précisé Mme de Givry.

L’instruction ouverte pour ces tirs, pour "tentative d’homicide sur fonctionnaires de police en bande organisée", permet des gardes à vue de 96 heures qui se termineront au plus tard, dans leur grande majorité, vendredi à 06H00.

C’est la mort, le 25 novembre, de deux adolescents lors de la collision de leur mini moto avec un véhicule de police qui avait déclenché une flambée de violence durant deux nuits.

Une personne a été mise en examen et écrouée pour la "tentative d’homicide volontaire aggravé" sur le commissaire de Sarcelles qui avait été roué de coups après s’être rendu sur les lieux de la collision, a précisé Mme de Givry.

Deux autres personnes, dont le frère d’un des deux adolescents tués, Lakamy, 16 ans, ont été mises en examen et placées sous contrôle judiciaire pour la destruction par incendie du véhicule du commissaire de police.

Enfin, quatre personnes ont été mises en examen pour les incendies de la bibliothèque et d’une école de Villiers-Le-Bel le 26 novembre lors des violences, selon la procureure. Deux ont été écrouées et les deux autres placées sous contrôle judiciaire.

Une personne déférée devant le tribunal n’a pas été mise en examen mais a été entendue par le juge comme témoin assisté dans le volet concernant la destruction du véhicule du commissaire de police.

Les enquêtes sur ces violences, qui ont conduit à une vaste opération de police, très médiatisée et très controversée, lundi à l’aube dans la commune où près de quarante personnes ont été interpellées - 13 (BIEN 13) ont été relâchées depuis -, ont notamment pu avancer grâce à plusieurs témoignages anonymes contre rétribution, un recours peu courant en France, hors affaires terroristes.

Selon des sources proches de l’enquête, au moins trois témoignages anonymes ont permis aux enquêteurs de cibler dans un premier temps deux frères, domiciliés à Villiers.

Concernant l’opération de police et sa médiatisation, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a saisi l’Inspection générale de la police nationale (police des polices) à la suite de la publication dans l’hebdomadaire Paris-Match de photos prises à l’intérieur d’un appartement perquisitionné par les forces de l’ordre.

La procureure a annoncé mercredi qu’elle allait également ouvrir "une enquête sous qualification pénale" dont elle n’a pas encore précisé les termes.

L’hebdomadaire publie une série de photos montrant l’intervention de la police jusque dans un appartement, l’interpellation d’un homme en slip et la perquisition de son logement, avec un matelas retourné par un policier.

Mme de Givry a jugé, devant quelques journalistes, que ces photos portaient "gravement atteinte à la dignité humaine".

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