Guadeloupe : Le ministère de l’intérieur veut "saturer le terrain"
LE MONDE | 19.02.09 | 14h04
Au Gosier, commune côtière de la Guadeloupe, les forces de l’ordre ont à nouveau essuyé, dans la nuit de mercredi 18 à jeudi 19 février, des tirs de fusil de chasse qui n’ont pas fait de victime. A Pointe-à-Pitre, à proximité d’un magasin incendié, dix personnes ont été interpellées, selon la préfecture. Au lendemain de la mort d’un homme, tué par balle, la situation reste tendue dans l’île.
Dix escadrons, 750 gendarmes mobiles, sont désormais sur place. Huit ont été appelés en renfort, dont les quatre derniers, annoncés par la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, sont partis mercredi soir. Avec les quatre unités en Martinique, cela fait en tout 14 escadrons de gendarmerie mobile dépêchés dans les Antilles, soit 1 050 hommes.
A cela s’ajoutent 993 policiers permanents en Guadeloupe, et un millier en Martinique, tous services confondus, police judiciaire, renseignement, sécurité publique. Quelques policiers supplémentaires, spécialisés dans le renseignement et la police judiciaire, devaient s’envoler pour Pointe-à-Pitre. Comme lors des violences urbaines de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), fin 2007, le ministère de l’intérieur veut "saturer le terrain" par le nombre.
Du matériel a été également envoyé. Les syndicats de police, réunis Place Beauvau mercredi soir, en ont eu le détail : deux hélicoptères, notamment, et deux gros projecteurs prêtés par la préfecture de police de Paris. "Faute d’effectifs et de matériel", un responsable local de l’UNSA-Police - Le Syndicat unique, avait fait savoir que le commissariat central de Pointe-à-Pitre avait dû recevoir le renfort de gendarmes mobiles pour se protéger, renfort lui-même jugé insuffisant "puisque les GM sont débordés".
Lors de cette même réunion, Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, a affirmé à ses interlocuteurs que le syndicaliste tué avait été délibérément visé parce que son véhicule aurait été confondu avec celui, semblable, d’une brigade anticriminalité. Selon la police, la balle meurtrière était de marque Brenneke, utilisée dans la chasse aux sangliers, et particulièrement dévastatrice.
Mercredi, sortant de sa réserve, Mme Alliot-Marie a annoncé l’organisation d’une réunion, quotidienne, sur la situation en Guadeloupe avec les principaux directeurs de la police. "Les pillages, les exactions, la violence contre les personnes ne seront pas tolérés, a-t-elle déclaré. Les policiers et les gendarmes ont reçu pour consigne de s’opposer avec sang-froid, avec retenue et maîtrise, aux actions illégales." Deux syndicats de gardiens, SGP-FO et l’UNSA-Police - Le Syndicat unique, ont fait part de leurs critiques. "Les représentants de la sécurité (...) ne doivent pas être les lampistes d’une absence de réponse sociale et économique dans les DOM-TOM", a écrit l’UNSA dans un communiqué.
En fin de journée, la question de l’annulation du grand carnaval en Martinique a été posée. Le préfet a plaidé pour son maintien.