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Centres de rétention : six associations désignées pour cogérer l’horreur
(Le 10 avril 2009)

Six associations habilitées à intervenir dans les centres de rétention

LEMONDE.FR | 10.04.09 | 20h33

A partir du 2 juin, l’aide sociale et juridique aux étrangers placés en rétention sera confiée à six associations : la Cimade (seule à intervenir jusqu’à présent en rétention), l’Assfam (Association service social familial migrants), Forum réfugiés, France Terre d’asile, l’Ordre de Malte et Collectif respect. Le ministère de l’immigration vient de révéler le choix retenu par la commission chargée d’étudier les candidatures de l’appel d’offres lancé par le ministère suite au décret du 22 août 2008 réformant l’intervention associative dans les centres de rétention administrative (CRA).

Le ministère ayant fait le choix d’éclater la mission en répartissant en huit lots la trentaine de centres répartis à travers la France. La Cimade, qui était jusqu’alors présente dans tous les centres, n’interviendra plus que dans ceux de Bordeaux, Nantes, Rennes, Toulouse et Hendaye (lot 1), de Nîmes, Perpignan et Sète (lot 4) et dans celui du Mesnil-Amelot (lot 6).

L’une et l’autre association d’aide aux demandeurs d’asile, Forum réfugiés et France Terre d’asile, seront présentes, pour la première, dans les CRA de Lyon, Marseille et Nice (lot 3) et, pour la seconde, dans ceux de Palaiseau, Plaisir, Coquelles et Rouen-Oissel (lot 7).

L’Assfam interviendra dans les centres de Bobigny et Paris-Vincennes (lot 8). Spécialisée dans l’accueil et l’intégration des migrants, cette association emploie 110 salariés, dont bon nombre sont des assistantes sociales "ayant des compétences en droit des étrangers", ce qui légitime pour son directeur, Christian Laruelle, sa future présence en rétention.

L’Ordre de Malte sera présente dans les CRA de Lille, Metz et Geispolsheim près de Strasbourg (lot 2). Cette organisation caritative, qui gère dans une vingtaine de pays centres de soins et établissements hospitaliers, défend sa légitimité à intervenir dans les centres de rétention, ajoutant à sa vocation hospitalière un pôle "aide à la famille" où elle accueille et prend en charge des déboutés du droit d’asile à qui elle propose une aide au retour.

UN COLLECTIF INCONNU PROCHE DE L’UMP

Enfin, inconnu des principaux acteurs de la défense du droit des étrangers, le Collectif respect interviendra dans les centres de rétention d’outre-mer (lot 5) : celui de la Guyane, de la Réunion et de la Guadeloupe, d’où sont expulsés plus de 12 000 personnes par an. Ce collectif a été créé en 2003 au lendemain du match de football France-Algérie au cours duquel La Marseillaise avait été sifflée. Il a pour but de promouvoir le respect dû à l’autorité légitime, et en particulier aux institutions et au président de la République. Jusqu’en décembre 2008, son président était Frédéric Bard, membre de l’UMP Paris et chargé de mission au département développement solidaire du ministère de l’immigration.

Dans son communiqué, le ministre, Eric Besson, a appelé l’ensemble de ces acteurs à coordonner leur action. Celui-ci entend mettre en place un dispositif afin de "faciliter l’échange de bonnes pratiques, la connaissance de la réglementation ainsi que la mutualisation de formations et de compétences, et de permettre des échanges réguliers et approfondis entre associations".

Une collaboration à laquelle se sont dites prêtes Forum Réfugiés et France Terre d’Asile. La Cimade, pour sa part, craint que la décision du ministère, qui souligne-t-elle, "confirme le démantèlement de la mission d’accompagnement et de défense des droits des étrangers en la confiant à 6 associations différentes, éclatées en huit lots", ne conduise ces dernières à "se poser en concurrentes les unes des autres". Et dès lors que le "rôle de contre-poids des ONG et la défense des droits des étrangers deviennent quasi-impossible".

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Centres de rétention : précisions sur quelques collabos

Ordre de Malte

Nord Eclair, La Cimade n’interviendra plus dans la région
samedi 11 avril 2009 à 06h00

Un nouvel appel d’offres avait été lancé en décembre. Il vient de déboucher sur l’éviction totale de la Cimade dans les centres de rétention de Lesquin (près de Lille) et Coquelles (près de Sangatte). C’est l’Ordre de Malte qui se voit confier l’action au centre de Lesquin. « On s’est préparé à cette gestion mais sans trop y croire car la Cimade voulait garder ses contrats », a indiqué hier soir Michel Caulliez, délégué pour le Nord de l’Ordre de Malte, un rien surpris par l’annonce du ministère. Pour autant, l’organisme a déjà prévu une équipe de 4 salariés et 25 bénévoles, ainsi qu’un bureau à Lille, « pour l’accueil des familles et la constitution des dossiers administratifs pour défendre les étrangers retenus au centre ». « Être auprès des plus démunis est l’objet de notre Ordre qui a présenté un projet de réinsertion des étrangers dans leur pays d’origine, via nos 120 ambassadeurs répartis dans le monde », a encore exposé Michel Caulliez.

Forum réfugiés

Olivier Brachet et l’immigration : « On a une vision de riches »
Le Progrès de Lyon, 11.04.2009 04h00

Vous êtes plutôt sévère envers ceux qui critiquent la politique de la France en matière de droit d’asile

Assez peu de pays au monde ont une politique aussi positive que la nôtre. A rester dans l’Hexagone, on finit par détester cette politique et à ne pas se rendre compte qu’en Espagne et en Allemagne par exemple, elle est dix fois plus sévère. 11 000 cartes de réfugiés ont été distribuées en France en 2008, 250 en Espagne, 1 000 en Allemagne.

A Bruxelles, les ONG internationales veulent défendre le modèle français alors qu’ici on est dans la haine de soi.

Le monde associatif et l’opposition tiennent un discours qui laisse penser qu’on est à Vichy ou à la veille d’y être.

Comment analysez-vous cette sorte de schizophrénie ?

La France est le dernier pays où un juge de l’ONU siège à la cour d’appel sur l’asile. Or si des horreurs étaient commises, le HCR claquerait la porte. L’OFPRA (1) est aussi très décriée, mais c’est une bonne chose qu’une agence emploie 300 fonctionnaires totalement dédiés à ces questions. Regardez l’Italie : c’est une vraie passoire, sans culture de l’asile. Là-bas, on est soit dans l’informel avec des sans-papiers, soit dans la culture de « Lampedusa » (2). Ou alors on a des pays anglo-saxons où les ardeurs ont été modérées par des gouvernements populistes. En Hollande, si vous voulez vous marier avec un étranger, vous allez vous marier dans son pays. En Angleterre enfin, alors qu’on a dit que tout le monde voulait y aller, il n’y avait pas plus de 3 000 demandes d’asile au début des années 90. Contre 60 000 en France, deux fois plus que cette année.

Le débat sur la rétention est très symptomatique, concentré sur les relations Cimade/Hortefeux. Or, pour prendre position, il faut regarder sur une période de dix ou quinze ans. Idem pour la directive retour : on est monté sur nos grands chevaux mais en réalité il n’y a pas un pays en Europe qui prenne autant de précaution sur les conditions de retour. Dans d’autres pays où il n’y a pas de centre de rétention, est pratiquée la détention pénitentiaire avec des délais infinis, en l’absence d’associations.

Forum réfugiés est prêt à répondre à l’appel d’offres du gouvernement pour intervenir dans les centres de rétention où est pour l’instant la seule Cimade. Pourquoi cette concurrence ?

Dans le rapport Cimade/gouvernement, le gré à gré devient suspect en raison même de l’origine du marché légitime mais peu explicite, donné à la Cimade par Pierre Joxe, pour mettre du droit dans un espace où il n’y en avait pas. C’est un marché de 4 à 8 millions d’euros, ce n’est plus possible de le donner à ses affidés. L’appel d’offres est une garantie de transparence.

Donc, il faut maintenir les centres de rétention ?

Que fait-on des gens qu’on veut éloigner du territoire si on ne les place plus en centre de rétention ? Soit on a une conception plus « libre circulationniste ». Soit on pense qu’elles ne sont pas un inconvénient car elles organisent les flux. C’est mon cas. Pour assurer la protection des réfugiés, il faut une frontière qui sépare les bourreaux des victimes.

A qui dire oui, à qui dire non ?

Le sujet abordé par le Réseau éducation sans frontières est un beau cadeau de la gauche à la droite. C’est en effet une population de 200 à 250 000 personnes, laissée sur le trottoir, déboutée du droit d’asile sur toute la période Jospin plusieurs mois après son arrivée. Certains étaient là depuis cinq ans. En parallèle, on a une administration préfectorale qui a la culture du « non » depuis trente-cinq ans, sans aucune souplesse. Les préfets ont joué un rôle détestable dans les années 90 en envoyant le flux d’asile, à Lyon notamment, avec convocation au bout d’un an et demi alors que la loi prévoit quinze jours. C’est une mauvaise attitude préfectorale, une mauvaise attitude politique de droite comme de gauche qui a fabriqué le problème.

Est-ce qu’on peut dire que la gauche a trop dit oui, la droite trop dit non ?

La gauche a beaucoup dit non. L’essentiel des mesures restrictives en matière de politique d’asile a été pris par des gouvernements de gauche. Mais la gauche n’a pas l’ossature intellectuelle pour définir une politique migratoire. Si elle arrivait au gouvernement, sa première mesure serait de supprimer le ministère de l’Immigration, sans analyser si c’est une bonne ou une mauvaise chose, uniquement parce que c’est une création de la droite. La gauche a surtout une approche caritative et ceux qui ont eu des idées ont été évacués : Je pense à Malek Boutih et Patrick Weil, l’auteur des lois Chevènement.

Qu’est-ce qui a changé avec Sarkozy ?

Sarkozy 1, - ministre de l’Intérieur, a remis de l’ordre avec la suppression de la double peine, la loi 2003 sur l’asile qui oblige à traiter dans les délais.

Mais Sarkozy 2 - candidat - a voulu piquer les voix du FN, et a fait le contraire de ce qu’il voulait précédemment. Créer un ministère de l’Immigration est une bonne idée en matière de rassemblement de l’administration dédiée au sujet même si j’aurais préféré qu’il s’appelle ministère des Migrations. Les politiques sont cohérentes et l’on n’a plus de préfecture qui fait le contraire d’une autre. Mais il y a eu aussi dérapage en collant au nom du ministère l’Identité nationale. Du coup, il est le ministère du « non », avec une image insupportable, celle des 26 000 reconduites à la frontière.

Quelles seront les migrations dans l’avenir ?

On va passer de 200 à 500 millions de migrants dans le monde dans les vingt années à venir, avec une sophistication de la régulation. Il faudra faire attention à ce que ce ne soit pas uniquement les riches qui migrent.

Donc on pourra plus migrer, mais on sera plus surveillé. Grâce à la biométrie, la traçabilité des gens. Aujourd’hui 700 à 800 millions de personnes sont sans état civil. Il faudra leur donner une identité, un état civil, une autorité nationale responsable et faire en sorte qu’ils soient protégés s’ils ont un problème dans leur pays. C’est ce que j’appelle le processus d’achèvement du sujet de droit.

Plus de traçabilité, ça entraîne aussi un certain nombre de risques.

En France on est gavé, on a l’impression qu’on ne peut plus circuler sans que tout le monde nous surveille. Mais ce n’est pas le cas de la majorité des gens sur la planète. Beaucoup aimeraient être surveillés par quelqu’un qui s’occupe d’eux. On a une vision de riches. Le progrès, ce serait plus d’administration des individus. C’est le seul moyen de garantir l’équité.

Le nouveau ministre Eric Besson semble faire machine arrière sur l’histoire du test ADN.

Le résultat législatif est tellement inapplicable, il a raison de ne pas signer le décret. Cela dit, cette affaire est totalement mal engagée. Cela touche à des sujets complètement tabous et fait l’objet d’un quiproquo invraisemblable sur l’eugénisme. C’est un outil, il suffit de savoir s’en servir. C’est comme avec un marteau : soit on se tape sur la tête, soit on enfonce des clous. Mais il y a bien longtemps que les HCR tolèrent le test ADN dans les états pratiquant la réinstallation, pour être sûr que les enfants et les familles qui viennent des camps de réfugiés se rapprochent bien de leurs parents. Car on n’y maîtrise plus les fratries. En réalité le rapprochement familial a beaucoup de mal à s’opérer parce qu’il est suspecté d’être trafiqué.

Je suis certain que les tests ADN reviendront sur le tapis. Non pas imposés par des Etats, mais réclamés par les candidats à l’immigration. C’est déjà plus ou moins le cas dans un certain nombre d’Etats. Dommage qu’en France, ça fasse partie de ces débats impossibles.

Note

(1) HCR : Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

OFPRA : Office français de protection des réfugiés et apatrides

(2) La proximité de l’Afrique fait de cette île sicilienne un point d’entrée privilégié pour les immigrés africains irréguliers qui veulent gagner l’Europe et qui y parviennent dans des embarcations de fortune.

Forum Réfugiés : Brachet raccroche

A 60 ans, Olivier Brachet raccroche. Directeur de Forum Réfugiés dont le siège est à Villeurbanne, il laisse son fauteuil dans quelques mois à Jean-François Ploquin qui dirige actuellement le Centre d’information et de solidarité avec l’Afrique (Cosi), basé à Lyon. Les deux organismes vont en effet fusionner. Le périmètre de la nouvelle association dont le nom reste inconnu va s’étendre aux droits humains.

Quand Olivier Brachet a pris la tête de Forum Réfugiés en 1985, la structure comptait huit salariés et 90 lits d’accueils. Elle en aligne, aujourd’hui, un millier dans l’agglomération lyonnaise. Brachet, conseiller auprès de Jacques Barrot à la Commission européenne, également membre du conseil d’administration de l’Office des migrations internationales est depuis un an vice-président de la Communauté urbaine de Lyon.

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