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Pérou : Affrontements meurtriers entre les autorités et les Indiens
(Le 8 juin 2009)

Affrontements meurtriers au Pérou entre les autorités et les Indiens

LE MONDE | 08.06.09 | 15h54

Au lendemain d’affrontements mortels entre les forces de police et des manifestants indigènes dans le département amazonien de Bagua, au nord du Pérou, le pays était en deuil, dimanche 7 juin. Le bilan provisoire établi, samedi, par la Defensoria del pueblo, un organe autonome de l’Etat péruvien, faisait état de 31 morts (22 policiers et neuf civils), 159 blessés (certains par balles) et 79 détenus. Les dirigeants du mouvement indigène affirmaient qu’entre vingt et trente manifestants avaient été tués.

"On ne sait pas encore avec exactitude ce qu’il s’est passé sur place", a assuré Ronald Gamarra, le secrétaire exécutif de la Coordination des mouvements des droits de l’homme du Pérou, qui espère pouvoir rendre rapidement un rapport sur les faits, et appelle toutes les forces en présence à mettre fin aux actes de violence. "Il est inadmissible que des policiers soient assassinés comme il est inadmissible d’agir contre la population civile avec des armes à feu", a-t-il condamné tout en dénonçant "l’inaction" du gouvernement dans la gestion du conflit avec les mouvements indigènes.

Depuis des mois, les populations indiennes réclament la suppression de plusieurs décrets-lois relatifs à l’usage et à la propriété des terres adoptés par le gouvernement en 2008.

DE L’INTERVENTION AU DRAME

Selon l’Association interethnique pour le développement de la forêt péruvienne (Aidesep), à la tête du mouvement, ces décrets qui mettent en péril l’identité culturelle des Indiens vont à l’encontre de la Constitution et de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, selon laquelle les peuples indigènes doivent être "consultés chaque fois qu’une mesure législative est susceptible de les affecter directement".

Après plusieurs manifestations en 2008, des milliers d’Indiens ont repris leur mouvement de protestation le 9 avril, bloquant de nombreux axes routiers du nord et de l’est. Au 55e jour de grève, vendredi 5 juin, la police a finalement décidé d’intervenir pour débloquer une route du nord de l’Amazonie que paralysaient des milliers de manifestants, mais l’intervention a tourné au drame : onze policiers et un nombre indéterminé de civils (neuf ou vingt selon les sources) ont trouvé la mort dans de violents affrontements.

Quelques heures plus tard, un groupe d’Indiens prenait le contrôle d’une station de pompage de pétrole et retenait trente-huit policiers. Les otages ont été libérés le lendemain par l’armée, mais neuf d’entre eux étaient déjà morts, "après avoir été torturés", selon le gouvernement.

Depuis, les autorités et les dirigeants indigènes se rejettent la responsabilité du drame. "Le président Garcia est responsable du génocide", a déclaré le président d’Aidesep, Alberto Pizango, avant de prendre la fuite, poursuivi pour rébellion et conspiration. Les partis de l’opposition et de nombreux secteurs de la société civile réclament la démission du premier ministre, Yehude Simon, et de son gouvernement, qui ont jusque-là reçu le plein appui du chef de l’Etat.

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Les affrontements entre Indiens et policiers font au moins 31 morts

NOUVELOBS.COM | 07.06.2009 | 15:36

Depuis plusieurs jours, Indiens d’Amazonie et forces de l’ordre s’affrontent.

Au moins 22 policiers et 9 Indiens ont trouvé la mort depuis vendredi au cours d’affrontements dans le nord du Pérou, l’un des bilans les plus lourds depuis les derniers feux du conflit entre les guérillas et l’Etat de 1980 à 2000, apprend-on, dimanche 7 juin.

Neuf policiers ont été tués lors d’une opération militaire visant à libérer 38 policiers retenus en otage par un millier d’Indiens d’Amazonie. Les Indigènes entendaient ainsi riposter à une opération des forces de l’ordre vendredi pour dégager une route de la région bloquée par 2.500 indigènes. 13 policiers avaient été tués dont sept par flèches au cours de cette intervention.

Sur les 38 policiers retenus en otage, 22 ont pu être libérés mais 7 sont portés disparus. L’intervention de samedi, malgré la violence des heurts de la veille, était inattendue.

Le directeur général de la police Jose Sanchez Farfan avait en effet annoncé quelques heures auparavant qu’une solution pacifique était envisagée. Les services de polices cherchaient à prendre contact avec le principal dirigeant des preneurs d’otages.

25 civils auraient été tués

Le Premier ministre Yehude Simon a admis que le nombre de morts risquait encore de s’élever. "Officiellement il y a neuf morts", mais ne pouvant se prononcer sur l’évolution de ce bilan, le Premier ministre a déclaré que "le Parquet et les centres de santé" tiendraient les autorités informées.

Selon la presse locale et d’autres sources, 15 civils ont été retrouvés morts dans les hôpitaux de cette région située à 1.000 km au nord de Lima. Certains médias avancent même le chiffre de 25 morts civils. Le blocage des routes par les Indiens a en effet provoqué la colère des habitants de Bagua, Bagua Grande et Jaen, trois localités voisines, dont certains ont essayé de débloquer eux-mêmes les routes. Les victimes civiles ont été enregistrées aussi bien pendant la tentative de déblocage de la route que lors des émeutes qui ont suivi, marquées par des incendies de bâtiments publics et des pillages. Les dirigeants de la manifestation affirment de leur côté qu’au moins 30 Indiens, dont trois enfants, ont été tué dans l’affrontement, mais ceux-ci ne sont pas comptabilisés par le gouvernement.

Couvre-feu et état d’urgence

Un calme précaire régnait samedi dans la ville de Baga, nécessitant le maintien d’un couvre-feu de 15h à 6h. L’état d’urgence est actuellement en vigueur dans la région.

Le président péruvien Alan Garcia et son Premier ministre ont dénoncé ces actes de violence. Selon les deux hommes ces faits s’inscrivent dans le cadre "d’un complot contre la démocratie". Ils ont évoqué la possibilité d’un soutien étranger, sans donner davantage de détails. L’Etat péruvien doit "répondre avec sérénité et fermeté", ajoute le président péruvien dans une déclaration écrite. Il évoque des "méthodes identiques à celle employées par le Sentier lumineux" [NDLR : mouvement au départ issu d’une dissidence du Parti communiste péruvien, dont la guérilla a fait 70.000 morts entre 1980 et 2000).

Abrogation de décrets-lois de 2007-08

Depuis le mois d’avril, 65 ethnies amazoniennes sont entrées en guerre contre le gouvernement, réclamant l’abrogation de décrets-lois adoptés en 2007-08 jugés trop laxistes, qui autorisent l’exploitation économique de leurs territoires.

Alberto Pizango, l’un des leaders du mouvement, a dénoncé vendredi "un massacre commis par le gouvernement, dans le cadre d’un plan de cession des ressources naturelles aux entreprises étrangères qui inclut la privatisation de nos terres". Il vit depuis dans la clandestinité.

Javier Villa Stein, président du pouvoir judiciaire, a lancé un mandat d’arrêt contre lui pour sédition, conspiration et rébellion.

(Nouvelobs.com avec AP)

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Pérou : d’autres blocus indigènes font craindre une contagion des troubles

AFP - ‎8 juin 2009‎

LIMA (AFP) - Des groupes d’Indiens amazoniens bloquaient lundi une route, un puits de pétrole et un aérodrome dans le nord du Pérou, faisant craindre de vives tensions, après les heurts entre police et indigènes qui ont fait 35 morts vendredi et samedi.

Un axe routier vital, reliant Yurimaguas à Tarapoto, en zone de dense forêt amazonienne à 900 km au nord de Lima, est toujours coupé, depuis maintenant 34 jours, par quelques centaines d’indiens.

Une forte présence policière dans la zone de Yurimaguas laisse penser, selon la presse, que les forces de l’ordre pourraient intervenir pour lever le blocus, comme elles l’ont fait vendredi après 24 heures d’affrontements près de Bagua (1.000 km de Lima).

Au moins 35 personnes, dont 24 policiers et 11 indiens d’ethnie Aguaruna surtout, sont mortes en plusieurs vagues de heurts : d’abord lors de la levée du blocus, puis au cours d’émeutes qui ont suivi, enfin lors d’une intervention militaire pour libérer des policiers pris en otages.

Ces violences, les plus meurtrières depuis le conflit interne entre Etat et guérillas d’extrême gauche dans les années 90, ont secoué le Pérou. Plusieurs médias influents ont appelé à une sanction de la gestion politique de la crise et à une démission du Premier ministre Yehude Simon.

Le Parlement devait débattre lundi des violences de Bagua, tandis que l’attention se déplaçait vers d’autres points du nord et de l’est. La zone amazonienne y couvre près de 60% de la superficie du Pérou, où sont disséminées 1.300 communautés indigènes regroupant 600.000 personnes, selon leur principal collectif, AIDESEP.

Le leader de l’AIDESEP Alberto Pizango, recherché par la justice, est passé à la clandestinité ce week-end.

"Notre leader est ici à Lima", a néanmoins affirmé lundi une porte-parole, démentant ainsi qu’il ait fui le pays comme l’avait suggéré une ministre.

"Nous ne reculerons jamais, nous n’avons pas perdu cette lutte", a ajouté Daisy Zapata à la presse à Lima, accusant le gouvernement d’Alan Garcia d’avoir "ensanglanté notre Pérou".

Dans la zone d’Andoas (1.500 km de Lima), la société pétrolière argentine Pluspetrol a annoncé la suspension de ses opérations sur une installation, à la demande dimanche d’un groupe d’indigènes sur les lieux, et "afin d’éviter le moindre incident".

Pluspetrol a aussi indiqué que des indigènes bloquaient depuis ce week-end la piste d’un aérodrome privé appartenant à la société, et une autre installation pétrolière à Trompeteros, également dans le nord amazonien à 1.300 km environ de Lima.

Pluspetrol assure dans un communiqué qu’il n’y a "aucun type de confrontation ni de violence" dans les deux cas entre indigènes et forces de l’ordre, et qu’un dialogue fonctionne avec les autorités locales.

La presse a rapporté d’autres blocus ponctuels par des groupes indigènes, notamment sur les fleuves Huallaga et Paranapura (nord-est).

Depuis deux mois, les communautés amérindiennes du Pérou ont multiplié les blocages de routes, d’oléoducs ou de fleuves, pour protester contre des décrets-lois adoptés en 2007-08 et selon eux trop laxistes sur l’exploitation minière, forestière et hydrique de ces régions.

Les Amérindiens ont reçu lundi le soutien de la principale organisation nationale indigène de Colombie (représentant 1,3 millions d’Indiens), qui a annoncé une journée de protestation en solidarité après les "massacres" du gouvernement péruvien.

En France, les députés européens José Bové et Alain Lipietz ont dénoncé lundi le "massacre de communautés indigènes" au Pérou.

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