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Paris : La BST, création d’une nouvelle brigade anti-pauvres
(Le 7 janvier 2012)

Paris : La BST, création d’une nouvelle brigade anti-pauvres

Le 24 janvier 2011, une nouvelle brigade de keufs est apparue dans Paris. Utilisant un prétexte quelconque (la fameuse manif de ressortissants « chinois » pour plus de sécurité en juin 2010), la Préfecture de police a choisi Belleville pour expérimenter son dispositif. Au premier abord, cette « Brigade spécialisée de terrain » (BST) ressemble furieusement aux anciennes « Unités territoriales de quartier » (Uteq), généralement destinées à mater les populations rebelles des quartiers pauvres situés en périphérie des grandes villes. Dans la capitale (Paris et la petite couronne), ce ne sont ainsi pas moins de six BST qui viennent d’être créées début janvier 2011, en plus donc, de celle de Belleville.
Annoncées en août 2010 pour remplacer les Uteq, ces unités devaient initialement porter le doux nom de « Brigades spéciales », avant qu’on ne fasse remarquer au ministère que ces dernières avaient déjà existé : sous Vichy, les Brigades spéciales servaient en effet à traquer l’ennemi intérieur... Voilà donc comment « spéciale » s’est transformé en « spécialisée », et « territoriales » (des Uteq) est devenu « de terrain ». Car la différence notable avec les Uteq, et le lien avéré avec les anciennes Brigades spéciales, c’est que la BST n’est plus liée à un territoire administratif (type arrondissement ou district), mais à une « zone de délinquance » dans laquelle elles se livrent à un harcèlement quotidien.

« Ce sera une de nos priorités »

Pour cette première parisienne (la ville n’avait pas d’Uteq), 25 keufs ont été donc affectés à la BST qui couvre tout le bas-Belleville (au croisement du 10e, 11e, 19e et 20e). Son directeur, nommé la semaine précédente, est un arriviste zélé de la défense du pouvoir. Le commissaire principal Bernard Bobrowska dirige en effet déjà le commissariat central du 20e et le 2e district de la DTSP 75 (direction territoriale de la sécurité de proximité). La BST est ainsi directement rattachée à cet ex de la Brigade de Répression du Banditisme (BRB) de Lille, puis directeur central du district de Seine-Saint-Denis et de la police judiciaire de Creil.
Alors finalement, à quoi est « spécialisée » cette brigade particulière ? Comme ses collègues, elle se consacre bien sûr à la protection des riches et à l’élimination des pauvres, ce qui se décompose pour elle en trois objectifs officiels : la prostitution, les trafics et... les biffins qui récupèrent de tout dans les poubelles pour le revendre à trois francs six sous sur les marchés de la misère de Couronnes. Même si cela étonne encore les naïfs et les électeurs de gauche, n’importe quel esprit critique peut observer que cette spécialisation dans la chasse aux pauvres les plus visibles s’accorde avec les velléités des commerçants du coin et surtout de la mairie PS, dans sa politique de restructuration des quartiers. Pour en changer progressivement la population à coup de spéculation immobilière, il faut également les rendre plus attractifs, c’est-à-dire chasser un peu plus loin ceux qui s’obstinent à survivre dans des rues désormais réservées aux étudiants, artistes et autres jeunes cadres fraîchement propriétaires.
« Notre but n’est pas de devenir une brigade anti-vente à la sauvette. Mais ce sera bien évidemment une de nos priorités » annonce par exemple fièrement un quelconque chien de garde gradé de la BST, Roland Toineau. Cette traque aux biffins et aux sans-papiers se traduit par exemple depuis janvier par une multiplication de micro-contrôles à la gueule pour faire du chiffre, contrôles rendus encore plus aisés avec le stationnement le soir sur les boulevards d’un car de police transformé en « commissariat mobile » (c’est inscrit dessus).
Quant à l’autre mission de cette Brigade spéciale, plus discrète celle-là, elle est d’établir un contact permanent avec la population du quartier afin, selon un torchon local, de « glaner des informations sur les réseaux de prostitution et les trafics pour les transmettre aux services de renseignements ». Pourrir la vie des plus pauvres d’un côté, transformer les autres en balance tout en jouant sur la peur, voilà l’objectif affiché de la BST. Reste à savoir combien de temps ils pourront tirer sur la corde avant qu’elle ne leur pète à la gueule...

Dialogue constructif

Dans un quartier comme Belleville, sous occupation policière depuis des années, la tentative d’inscrire cette unité supplémentaire dans le paysage constitue à la fois le prolongement d’une expérimentation issue de la gestion des quartiers de banlieue, mais aussi d’un projet bien précis : habituer la population à sentir quotidiennement l’haleine des chiens dans sa nuque sans réagir, et instaurer la collaboration permanente avec eux. Ce qu’ils se plaisent à baptiser « dialogue », n’est en effet que l’autre nom de la participation à sa propre soumission, le contraire de la possibilité de régler ses affaires entre individus directement concernés, sans délégation à un élu, un grand frère ou au matraqueur assermenté de service. Accepter la présence de la BST dans un endroit, ce serait subir un chantage de plus : survivre sous l’œil assidu de spécialistes patentés de la traque et du renseignement. Bien sûr il y en a déjà d’autres -n’oublions pas tous les civils actifs dans le quartier-, mais il n’empêche que chaque couche supplémentaire resserre un peu plus la vis contre tous ceux qui, contraints ou pas, survivent en marge de la loi.
Initialement composée de patrouilles de trois à des horaires réguliers (10h-22h30), les super-keufs « formés pendant 15 jours aux problématiques du quartier » ont rapidement dû changer leurs habitudes. Ces derniers temps, on les voit plus volontiers en groupes de cinq ou huit, et à des horaires variés. Certains habitants commenceraient-ils à initier le seul « dialogue » constructif avec les défenseurs du pouvoir, à savoir la non-collaboration active ? Les débuts d’émeutes autour du gymnase occupé par les harragas tunisiens et du marché des biffins n’attendent que d’être amplifiées par tous les autres.

[Tiré du journal Pourquoi pas ?, Paris, juillet 2011, n°1]

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