Les délinquants saccagent leur centre éducatif fermé
Le Parisien, 31.05.2012, 08h33
Nouvel incident au centre éducatif fermé (CEF) de Combs-la-Ville. Tagué, vandalisé par ses jeunes occupants, l’établissement est à nouveau contraint de fermer ses portes.
C’était l’effet Cocotte-minute tant redouté par le syndicat du personnel. Vers 0h30 dans la nuit de mardi à mercredi, les sept mineurs délinquants multirécidivistes placés au centre éducatif fermé (CEF) de Combs-la-Ville ont saccagé leur établissement.
« Ils l’ont tagué, ils ont cassé les vitres des chambres et des cuisines, dont certaines étaient en double, voire triple vitrage... décrit Jean-Michel Tavan, directeur de l’Association de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (Adsea 77), qui gère le site.C’est monté en puissance, avec une dynamique de groupe. La situation devenant trop risquée, le nouveau directeur a décidé d’appeler la police. Heureusement, les jeunes ne s’en sont pris qu’au matériel, pas au personnel. »
Montant des dégâts : « 25000 € », précise Bruno Dalles, le procureur de Melun. Quant aux sept mineurs du CEF, ils ont été arrêtés par les policiers de Sénart. « Leurs gardes à vue ont été prolongées », ajoute le procureur. « Le centre n’est plus fonctionnel. Il ne peut plus accueillir de jeunes pour l’instant », regrette Jean-Michel Tavan. La chancellerie a indiqué que « la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) a ordonné une inspection ».
Tout a commencé à cause d’un jeune que les éducateurs ont trouvé en possession d’un téléphone portable. Or le règlement intérieur interdit les portables, l’alcool, la drogue...
« Le personnel lui a pris son appareil. Le jeune ne l’a pas supporté » et les incidents ont démarré, portés par un effet de bande avec les six autres résidants, raconte Jean-Michel Tavan. « Ce qui est arrivé ne nous étonne pas, confie le syndicat majoritaire du personnel, SNPES-PJJ-FSU 77. Les jeunes sentent qu’ils sont envoyés dans ce type d’établissement comme un placement-sanction, pas comme une mesure de protection et d’éducation. Résultat, ils n’adhèrent pas. Et les CEF concentrent les pires situations, les profils les plus difficiles. La Seine-et-Marne a besoin d’un foyer, avec des mesures éducatives, pas d’un CEF. » De son côté, le ministère de la Justice annonce que « la PJJ et l’Adsea 77 envisagent toutes les solutions pour accompagner les personnels et leur proposer des compléments de formation si besoin ».
« Ces incidents sont regrettables et condamnables, mais c’est normal qu’il y ait de gros moments de tension et de difficulté dans un lieu de privation de liberté où sont placés des jeunes au parcours très compliqué, estime Guy Geoffroy, député et maire (UMP) de Combs-la-Ville, fervent défenseur des centres éducatifs fermés. Les problèmes survenus sont peut-être aussi liés au durcissement - bienvenu - des conditions d’encadrement, au changement de direction consécutif à l’affaire précédente. Quoi qu’il en soit, les CEF restent une alternative à la prison, un atout supplémentaire pour les jeunes. Sans ces centres, ils seraient incarcérés. »